24/05/2019

Marion Pellissier

Entretien avec l'auteur/metteur en scène des Petites Filles



Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Je m'appelle Marion Pellissier, j'ai 33 ans et je suis metteure en scène, comédienne et autrice. J'ai grandi à Lyon où j'ai mené une scolarité plutôt difficile. C'est seulement en entrant au Conservatoire régional de Lyon, en option théâtre, que j'ai pu mettre ma force de travail au service d'un apprentissage rigoureux. J'ai ensuite intégré l'Ecole Nationale Supérieure d'Art Dramatique de Montpellier. Lors de ce parcours d'actrice, j'ai rencontré les artistes qui m'ont permis de donner confiance à mon goût pour l'écriture et la mise en scène que j'ai explorées dès ma sortie d'école.

Quelle place a eu la culture dans votre enfance, votre adolescence ?
Je ne sais pas s'il existe des enfances classiques ou sereines, mais je pense que je n'ai pas eu la stabilité et le calme nécessaires à l'épanouissement d'un intérêt culturel. J'ai fait des activités quand j'étais petite pour m’occuper. Le théâtre, par exemple, était un loisir qui m’aidait dans mon rapport aux autres. Je ne pensais pas en faire mon métier à l'époque. Je ne savais pas ce qu'était vraiment ce travail. Je n’allais pas vraiment au théâtre non plus. Par contre, j'aimais inventer des histoires et écrire de la poésie. Mais comme une occupation agréable, pas vraiment comme quelque chose de sérieux. Cette légèreté m'a aidé par la suite, je n’avais pas de modèle, je n’avais pas le sentiment d’avoir à être à la hauteur de qui que ce soit.

Qu’est-ce qui vous a amené vers la mise en scène ?
A ma sortie de l’Ecole de Montpellier, j'ai rencontré Cyril Teste pour qui j'avais une grande estime. Je lui ai, non sans mal, donné à lire mes textes. C'était des lettres, des poèmes, je voulais en faire un vidéo poème. Il m'a encouragé à en faire un spectacle. Je n'ai pas vu tout de suite ce que je pouvais faire avec, ni pourquoi il m'amenait vers la mise en scène, mais il m'a donné quelques conseils, des choses à voir, à lire, et la simplicité de sa confiance dans les prémices de mon travail m'a convaincue à essayer. Parfois, on a besoin de quelqu'un qui voit en nous ce qu’on n’avait pas encore nommé.

Qu’aimez-vous exprimer sur scène ?
J'ai des choses dans la tête que je voudrais voir et je me sers de tous les outils que le théâtre met à ma disposition pour les faire apparaître, pour comprendre ce qu'elles veulent dire. Je n'ai pas de recul au début de l'écriture, je ne sais donc pas vraiment ce que je cherche. Mais à force de voir l'aboutissement de mon travail je comprends qu'il y a une quête de la vérité, un questionnement du réel. Dans mes créations, on ne sait jamais vraiment où on se trouve et qui sont les gens qui sont face à nous, leurs motivations réelles. On questionne ce que l’on croit vrai. Je crois que je cherche un endroit de vérité, c'est à dire là où elle n'existe pas.

Pouvez-vous nous présenter les ateliers et le tournage que vous menez avec les lycéens ?
J'ai souhaité travailler avec des élèves sur la réalisation d'un clip vidéo - sans texte donc - pour travailler l'image comme une écriture. La conception d'un clip, son récit, ses figures, son rythme, ses couleurs, son tournage, son montage sont des outils d'écriture qui peut prendre beaucoup de formes. Je souhaite aborder cela et qu'ils soient les moteurs de cette écriture, que le résultat de ce tournage les concernent, qu'il soit à l'endroit de leur motivation et de leur travail. Nous accompagnons et donnons un cadre à leurs propositions, pour que les choses soient réalisables, et tentons de réaliser un clip qui leur ressemble.

Quels mots diriez-vous à un jeune qui souhaiterait avoir un parcours comme le vôtre ?
Il y a beaucoup de façons de faire ce métier, si une jeune personne est interpellée par ce travail, je crois qu'il faut déjà apprendre à le connaître. Je sais que les raisons qui m'ont poussée à commencer des études de théâtre sont loin d'être celles qui me motivent aujourd'hui. Mais elles m'ont permis de connaître ce travail, de comprendre qu'être artiste et exercer ce métier sont deux choses différentes qui se croisent parfois mais pas toujours, d'accepter que je peux choisir d'arrêter ce travail, il est un vecteur, un moyen d'expression, pas l'expression même.

La seule chose qui n'a pas changé, qui m'attirait et qui a grandi avec le temps, c'est la camaraderie. L'envie de travailler avec d'autres, de se laisser modifier au contact des autres et d'avancer à plusieurs, de faire bloc face à la difficulté. On peut aussi faire ce métier dans la solitude, mais pour ma part ce n'est pas ce que je souhaite.

Je dirais déjà qu'il faut être curieux et apprendre de tout et de tous. Même de ce qu'on déteste. Et puis fréquenter ce métier, le pratiquer. Faire ce qu'on a envie de faire et se donner les moyens pour le faire bien. Etre exigeant. Et peut-être que ce sera raté, mais ça a moins d'importance que la réunion d'une équipe autour d'un projet ambitieux. On peut espérer l'engouement du public, mais lorsqu'on est au cœur du travail, je crois qu'il ne faut pas y penser, ne pas voir la finalité comme une récompense. Le meilleur moment pour moi c'est le travail, pas le résultat. Il y a un endroit de la reconnaissance qui doit être juste. Il faut peut-être un peu soigner son ego au départ. Et toujours rechercher la joie dans le travail, dans la réussite et dans l'échec. Parce que des échecs dans ce métier il y en a beaucoup et il faut être heureux, être bienveillant avec ses partenaires et avec soi.

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