26/03/2019

Julien Bouffier

Portrait du metteur en scène d'Andy's Gone



Pouvez-vous vous présenter ?

J’ai 47 ans, je suis metteur en scène. Cette notion de metteur en scène recouvre pour moi plusieurs champs distincts. Je suis tout autant un initiateur de projets artistiques qu’un adaptateur de textes, un organisateur de rendez-vous avec le public, qu’un médiateur avec les spectateurs. J’ai fait des études de théâtre à l’Université après un Baccalauréat littéraire option théâtre. J’ai déménagé dans le Sud de la France avec un groupe d’amis et j’ai créé ma compagnie à dix-huit ans. On avait un théâtre à côté de l’Université où l’on pouvait faire nos spectacles, et on a travaillé. Ensuite, j’ai été en résidence dans des lieux institutionnels comme des Scènes nationales ou des Centres dramatiques nationaux et mes spectacles ont commencé à tourner dans toute la France.

Pourquoi avoir fait le choix de devenir metteur en scène ?

J’ai voulu devenir metteur en scène et non comédien parce que je ne voulais pas attendre. J’avais envie d’être maître de mon avenir et de pouvoir initier des projets, de pouvoir proposer mes manières de voir ou de regarder le monde.

A quoi ressemble votre vie de metteur en scène ?

C’est une vie à la fois nomade et sédentaire. Je suis parfois devant mon écran d’ordinateur, en train d’écrire des textes, des notes d’intention, de répondre à des mails ou de passer des coups de fil. Parfois je suis en répétition, mais c’est au final un temps assez limité par rapport à celui que je passe à rencontrer des professionnels pour m’aider à développer des projets, à rencontrer des artistes pour imaginer ces projets ensemble, à rencontrer le public lors d’ateliers. J’aime ces rencontres, partager des choses, peu importe quoi, c’est déjà un temps passé ensemble.

Je lis, je refais le monde, j’imagine des projets qui, peut-être, ne se feront jamais. Et puis il y a le temps de jeu. J’ai la chance de pouvoir être présent sur chacun de mes spectacles, de continuer à faire l’artisanat du théâtre : tirer des rallonges, faire la régie, avoir peur à l’entrée du public, voir dans les yeux des spectateurs si notre spectacle les a touchés.

Pourquoi, selon vous, Andy’s gone parle tant aux jeunes que vous rencontrez ?

Je pense que le dispositif y est pour beaucoup. Le casque est leur outil quotidien d’appréhension du monde, un moyen de s’en protéger mais aussi de s’ouvrir vers l’ailleurs. C’est avec ça que nous essayons de jouer. De dire à ces jeunes qu’on partage le même code, ce goût de l’immersion et le confort de se retrouver soi-même, leur dire de nous faire confiance, que nous allons les emmener ailleurs. C’est tout l’enjeu du théâtre : « faites-nous confiance, jouez le jeu d’y croire, nous allons vous raconter une histoire ».

Ensuite, nous n’avons pas choisi n’importe quel personnage à réécrire, à faire renaître : c’est Antigone. Le personnage qui dit non ! Elle a l’âge d’une adolescente. Elle a des idéaux. J’espère qu’ils en ont. Et s’ils n’en ont pas, peut-être qu’Andy’s gone va les interroger là-dessus.

Pouvez-vous nous présenter les ateliers que vous menez avec les lycéens ?

Je résumerais mes ateliers comme cela : avoir conscience de sa capacité à créer.

Il faut jouer, accepter de jouer le jeu, ensemble, alors qu’on ne l’a pas vraiment décidé. On y est contraint, on ne le ferait pas forcément avec les gens qui sont présents avec nous, mais on accepte de jouer le jeu. Alors, on accepte l’autre, on s’ouvre à l’autre ou l’ailleurs, ce qu’on ne connait pas. Je demande aux élèves d’écrire, de faire des jeux d’écriture tout en se déplaçant dans l’espace. Ils construisent après, petit à petit, ce qui pourrait ressembler à des scènes de théâtre. Selon que les ateliers ont lieu avant ou après que les élèves aient vu le spectacle, je m’appuie sur ce qu’ils ont vu pour les faire écrire.

Quels conseils donneriez-vous à un lycéen qui voudrait s’orienter vers des métiers artistiques ?

Ce métier est une passion. Il nous demande d’être déterminés et convaincus à l’intérieur de nous-mêmes de notre envie de l’exercer. Comme il est de plus en plus difficile de trouver du travail du fait des baisses de subvention, je crois qu’il faut intégrer une des écoles nationales. Cela ne garantit pas de faire une longue carrière mais cela protège un peu et permet de rencontrer les personnes qui seront le vivier de ces métiers demain.

Dans ces métiers, il faut savoir aller plus loin que son amour propre. Il faut accepter les désillusions, les échecs, le mépris. Sinon, c’est un métier merveilleux !

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